Description
Avec Bicycles & Tricycles, The Orb signe un retour aussi envoûtant qu’inattendu, un album qui oscille entre nostalgie dub et modernité électronique avec une élégance rare. Le duo, désormais réduit à Alex Paterson et Thomas Fehlmann, prouve que l’absence de Kris Weston n’a pas entamé leur capacité à façonner des paysages sonores hypnotiques. Dès l’ouverture avec Orb Is (Shopping Version), on est plongé dans un brouillard de basses profondes et de mélodies éthérées, où les samples de voix distordues et les nappes de synthé s’entrelacent comme des brumes londoniennes. L’album respire la maturité : moins de frivolité que dans leurs excès des années 90, mais une profondeur mélancolique qui rappelle U.F.Orb ou Orbus Terrarum, tout en intégrant des touches de trip-hop organique et d’ambient contemporain.
Les collaborations, comme celle avec MC Soom T sur Aftermath, apportent une touche de groove organique qui contraste avec l’abstraction des morceaux instrumentaux. The Land Of Green Ginger (Remix) et Hell’s Kitchen explorent des textures sombres et cinématiques, où les percussions tribales et les drones électroniques créent une tension presque physique. Pourtant, c’est dans les moments les plus minimalistes que The Orb excelle : Gee Strings et L.U.C.A. sont de pures méditations sonores, où chaque note résonne comme une goutte d’eau dans un bassin infini. Le remix de Abstractions (Trance Pennine Express) par Trance Pennine Express ajoute une dimension psychédélique, tandis que From A Distance (Blast Master V The Corpral) joue avec des échos de dub jamaïcain, rappelant leur héritage tout en le réinventant.
La production est d’une clarté cristalline, surtout sur le vinyle transparent qui met en valeur les détails les plus infimes. Les mixages de Tower Twenty Three (Spud V Kreature Mix) et Kompania (Grooved Ware Mix) sont des chefs-d’œuvre de spatialisation, où chaque élément trouve sa place dans l’espace stéréo comme une toile de Rothko. Dilmun et Now Here ferment l’album sur une note apaisante, presque spirituelle, avec des mélodies qui s’étirent comme des ombres au crépuscule. Si certains morceaux peinent à se démarquer (Prime Evil reste un peu en retrait), l’ensemble est d’une cohérence rare, un voyage sonore qui mérite d’être exploré à plusieurs reprises.
The Orb a toujours été un groupe de l’entre-deux, et Bicycles & Tricycles en est la preuve ultime. Entre dub mélancolique, ambient contemplatif et touches de trip-hop, l’album est un pont entre les époques, un disque qui se savoure comme un bon whisky : plus on l’écoute, plus il révèle ses nuances. Un incontournable pour les amateurs de musique électronique qui cherchent à la fois profondeur et accessibilité, sans jamais tomber dans le piège de la redondance.