Description
Avec Ready To Fly, les Verlaines prouvent une fois encore qu’ils sont des alchimistes du rock alternatif, capables de distiller une mélancolie envoûtante tout en y injectant une énergie électrique qui résiste à l’épreuve du temps. Ce huitième album, pressé sur un vinyle bleu translucide qui semble refléter la lumière bleutée de leurs textes, confirme leur statut de gardiens d’un son à la fois rétro et résolument moderne. On y retrouve cette signature vocale de François Feldman — entre murmure las et rugissement soudain — qui a fait leur légende, mais aussi une production soignée, signée par le groupe lui-même, qui équilibre avec brio les guitares saturées et les arrangements épurés. L’album respire une maturité rare, loin des excès de leurs débuts punk, sans pour autant sacrifier cette urgence qui a toujours défini leur musique.
Le disque s’ouvre en trombe avec Gloom Junky, un titre où les riffs de Christophe Deschamps s’enroulent autour d’une basse groovy et d’un refrain qui colle instantanément. Overdrawn et Tremble poursuivent sur cette lancée, mêlant cynisme et émotion brute, tandis que Such As I offre une parenthèse plus introspective, presque folk, où la guitare acoustique dialogue avec des nappes synthétiques discrètes. Mais c’est War In My Head qui frappe le plus fort : une tempête de 4 minutes 47 où les Verlaines laissent exploser leur rage contenue, avec un solo de guitare qui évoque les sommets de Marée basse ou L’Étrange Affaire. Le morceau est un chef-d’œuvre de tension, où chaque instrument semble lutter contre une apocalypse intérieure.
La face B explore des territoires plus variés, mais toujours avec cette cohérence qui fait la force du groupe. Inside Out et See You Tomorrow jouent sur des rythmes saccadés et des paroles désabusées, tandis que Hole In The Ground et Ready To Fly — titre éponyme et morceau-titre — oscillent entre douceur et puissance. Moonlight On Snow est un moment de grâce, où la guitare slide et les harmonies vocales créent une atmosphère onirique, presque cinématographique. Enfin, Hold On clôt l’album sur une note d’espoir fragile, avec un refrain qui résonne comme un mantra.
Si Ready To Fly n’innove pas radicalement dans le paysage du rock français, il n’en est pas moins une réussite éclatante par sa capacité à capturer l’essence des Verlaines : un mélange de désillusion et de vitalité, de lyrisme cru et de mélodies envoûtantes. À l’ère où le rock semble souvent condamné à la nostalgie ou à l’autoparodie, ce disque rappelle qu’il peut encore être une force vivante, capable de faire vibrer les tripes et l’esprit. Un vinyle à écouter à fond, de préférence dans le noir, pour en saisir toute la magie.