Description
Avec Buckle, We Are Scientists prouvent une fois de plus que leur alchimie entre post-punk revigoré et new wave désinvolte reste aussi envoûtante qu’inattendue. Le groupe, désormais réduit à un duo après le départ de Keith Murray, livre une performance où l’économie de moyens sert une écriture toujours aussi acérée. Le titre éponyme, porté par une rythmique hypnotique et des guitares qui grattent comme des aiguilles sur un disque rayé, rappelle à quel point leur son est devenu une signature reconnaissable entre mille. La production, signée par le groupe lui-même, mise sur un minimalisme assumé : pas de superflu, juste l’essentiel, avec des basses qui grognent et des synthés qui crissent comme un vieux magnétophone en surchauffe. Le résultat ? Une ambiance à la fois rétro et résolument moderne, où le passé et le présent s’épousent avec une élégance déconcertante.
Le single Buckle (avec sa version Brown Bar) se distingue par son groove implacable, mais c’est dans les détails que le disque se révèle. Les paroles, toujours aussi percutantes, jouent avec l’ironie et l’autodérision, typiques de Michael Tapper. On y trouve des clins d’œil à leur propre légende (« We’re the kings of the new wave / But we’re still stuck in the eighties »), tout en évitant l’écueil du pastiche. La version Brown Bar, plus lente et atmosphérique, ajoute une dimension presque cinématographique, comme une scène de film noir tournée en Super 8. C’est là que le groupe montre sa capacité à se réinventer sans se trahir, en puisant dans leur ADN tout en explorant des territoires inexplorés.
Si Buckle n’est pas leur chef-d’œuvre absolu, il n’en reste pas moins un disque essentiel pour les fans du groupe et les amateurs de rock intelligent. On y sent une maturité qui n’a rien de compassée, une confiance en soi qui se traduit par des mélodies qui collent immédiatement et des textes qui résonnent longtemps après l’écoute. Le split vinyle rose et bleu, bien que gadget, ajoute une touche de fantaisie qui sied à leur persona. Dommage, en revanche, que l’édition limitée ne propose pas plus de morceaux : deux titres, c’est un peu court pour un album qui a clairement le potentiel d’être plus ambitieux.
En définitive, Buckle est une preuve supplémentaire que We Are Scientists savent doser l’intelligence et l’énergie avec une précision chirurgicale. Ce n’est pas leur disque le plus abouti, mais c’est sans doute l’un de leurs plus eux — et c’est là que réside leur magie. À écouter à fond dans une chambre sombre, avec une bière tiède et une envie de danser comme en 2006.