Description
Avec Say I Am You, les Weepies confirment une fois de plus leur statut de maîtres incontestés de l’indie folk-rock teinté de mélancolie urbaine et de poésie intime. Ce septième album, pressé sur un vinyle vert translucide aussi envoûtant que la musique qu’il contient, marque un retour aux sources tout en explorant des textures plus audacieuses. Le duo de Deborah Lurie et Steve Tannen, déjà auréolé d’une discographie riche en collaborations (de Rufus Wainwright à Shawn Colvin), y déploie une écriture où chaque chanson respire l’économie de moyens et la profondeur émotionnelle. L’album s’ouvre sur Take It From Me, un titre qui, dès les premières notes de guitare fingerpicked, installe une atmosphère à la fois nostalgique et résiliente, comme un coucher de soleil sur une ville endormie. La production, épurée mais jamais minimaliste, laisse respirer les voix en harmonie, tandis que les arrangements — entre arpèges de piano, violons discrets et percussions organiques — évitent soigneusement le piège du folk trop lisse.
Parmi les pépites, Gotta Have You se distingue par son groove envoûtant, presque country, où la guitare slide et le chant de Tannen flirtent avec une sensualité discrète. World Spins Madly On, avec son titre emprunté à The Beatles, est une perle de concision : en moins de trois minutes, le duo capture l’essence de l’éphémère avec une grâce qui rappelle les meilleurs moments de Fleet Foxes ou de The Weepies eux-mêmes. À l’opposé, Citywide Rodeo et Riga Girls explorent des paysages sonores plus vastes, le premier avec une énergie presque punk-folk, le second avec une mélancolie slave qui évoque les voyages du duo. Le choix de reprendre Suicide Blonde de INXS, en version acoustique et ralentie, est audacieux : loin de la version originale, la chanson devient une méditation sur la vulnérabilité, servie par une interprétation d’une fragilité bouleversante.
Le côté Live Session EP qui clôt l’édition vinyle — avec des versions live de How Will He Find Me et San Francisco — ajoute une dimension charnelle à l’ensemble. Ces titres, enregistrés devant un public restreint, révèlent la chaleur brute du duo, loin des artifices studio. Not Your Year et Living In Twilight confirment cette veine introspective, où les textes de Tannen, toujours aussi percutants, mêlent désillusion et espoir. La production, signée par le duo lui-même, évite les écueils du son trop produit : ici, pas de réverbérations excessives, pas de nappes synthétiques inutiles. Juste des instruments acoustiques, des voix qui s’entrelacent avec une précision chirurgicale, et une émotion qui transperce chaque note.
Si Say I Am You n’est pas un album révolutionnaire, il s’impose comme une œuvre cohérente et profondément humaine, où chaque chanson semble écrite pour être murmurée à l’oreille d’un ami. Les Weepies y prouvent une fois de plus qu’ils savent transformer l’ordinaire en extraordinaire, avec une élégance qui force l’admiration. Pour les amateurs de folk-rock introspectif, de pop mélancolique ou simplement de musique qui touche l’âme, cet album est une pépite à posséder absolument — surtout dans cette édition vinyle, où la transparence du vert translucide semble refléter la lumière tamisée des salles de concert où le duo excelle.