Description
Avec Valerie, les Zutons signent un retour aussi surprenant qu’inattendu, près de vingt ans après leur dernier souffle discographique. Le groupe de Liverpool, jadis figure de proue de la scène indie-rock britannique des années 2000, avait disparu des radars après Tired of Hanging Around (2006), laissant derrière lui une poignée de tubes aussi éphémères qu’inoubliables. Ce single, accompagné de trois titres inédits, est une résurrection en demi-teinte : on y retrouve l’énergie nerveuse et les mélodies accrocheuses qui ont fait leur réputation, mais aussi une certaine lassitude, comme si le temps avait usé leur magie. Pourtant, Valerie lui-même, réenregistré avec une production plus aérée et des arrangements revisités, gagne en maturité sans perdre son punch. La rythmique, toujours aussi précise, danse autour d’un refrain qui, malgré sa simplicité, reste un uppercut émotionnel — preuve que les Zutons savent encore frapper là où ça compte.
Le reste du EP confirme cette impression de nostalgie assumée, mais pas toujours convaincante. Get Up And Dance est un morceau de pur groove, où la guitare de Abi Harding et la basse de Sean Payne s’entrelacent avec une complicité évidente, comme si les années n’avaient pas passé. En revanche, April Fool et I Will B Your Pockets peinent à se démarquer : le premier oscille entre une pop-rock trop sage et des paroles qui frôlent l’autodérision forcée, tandis que le second, malgré un titre prometteur, s’enlise dans des clichés de rock FM. La production, signée par le groupe lui-même, mise sur un son chaud et organique, avec des cuivres discrets qui rappellent leur signature des débuts, mais elle peine à masquer le manque de fraîcheur de certains morceaux.
Ce qui sauve l’opus, c’est la qualité de l’objet physique : une édition vinyle rouge, limitée et soignée, qui rappelle que les Zutons ont toujours su allier esthétique et musique. Le choix de rééditer Valerie en tête d’affiche est un coup de maître marketing, mais aussi une preuve que le groupe mise sur son héritage plutôt que sur l’innovation. Pour les fans de la première heure, ce EP sera une bouffée d’oxygène ; pour les nouveaux auditeurs, il risque de sonner comme un rappel mélancolique d’une époque révolue. On peut regretter que les Zutons n’aient pas osé plus radicalement, mais force est de constater qu’ils restent, malgré tout, des artisans habiles de l’indie-rock britannique.