Description
Avec The Revenge of Alice Cooper, le parrain du shock rock nous livre un album qui oscille entre nostalgie assumée et réinvention audacieuse, comme si le temps s’était suspendu entre Welcome to My Nightmare et Paranormal. À 78 ans, Cooper prouve que le rock n’est pas une question d’âge, mais de rage et de spectacle – et ici, les deux sont au rendez-vous. Le son, produit par le vétéran Bob Ezrin (l’architecte des albums classiques du Detroitien), est un mélange de riffs gras et de mélodies accrocheuses, où les guitares de Ryan Roxie et Tommy Henriksen crissent comme des lames sur du verre, tandis que le chant de Cooper, toujours aussi théâtral, alterne entre grognements gutturaux et refrains envoûtants. L’album respire un hard rock vintage, mais avec des touches modernes : les claviers synthétiques de Black Mamba rappellent l’ère Trash, tandis que Up All Night balance un groove presque funky, preuve que Cooper sait encore surprendre.
Les textes, comme à l’accoutumée, mêlent humour noir, autodérision et références à la culture pop. Kill The Flies est un joyau : un riff monolithique, une basse hypnotique et des paroles qui évoquent une invasion d’insectes comme métaphore des nuisances modernes. What A Syd, hommage à Syd Barrett, est un moment de grâce acoustique, où Cooper troque le maquillage pour une guitare folk, prouvant qu’il maîtrise tous les registres. À l’inverse, Blood On The Sun est un retour en force au metal pur, avec des solos de guitare qui déferlent comme une tempête. Le point faible ? Crap That Gets In The Way Of Your Dreams et Money Screams peinent à se démarquer, noyés dans un formatage trop lisse qui rappelle parfois les albums des années 2000.
La production, signée Ezrin, est un chef-d’œuvre de clarté : chaque instrument est distinct, les voix sont mises en valeur, et les dynamiques sont impeccables, même sur le vinyle où les sillons semblent sculptés avec précision. Les fans de l’ère School’s Out seront ravis par Intergalactic Vagabond Blues, un titre qui sonne comme une suite spirituelle à No More Mr. Nice Guy, tandis que What Happened To You offre une ballade mélancolique, presque country, où Cooper explore des registres vocaux inédits. La pochette, signée par l’artiste lui-même, est un hommage kitsch aux affiches de cirque des années 1950, avec Cooper en clown maléfique – une image qui résume à elle seule l’esprit de l’album.
The Revenge of Alice Cooper n’est pas un album révolutionnaire, mais c’est un disque nécessaire, un rappel que le rock n’est pas mort tant que des fous comme lui continuent de le marteler. Entre hommages, réinventions et moments de pure folie, Cooper prouve une fois de plus qu’il est le dernier des vrais rockstars – un showman qui refuse de vieillir, même si son corps lui rappelle parfois ses limites. À écouter à fond dans une voiture, avec les vitres baissées et le soleil couchant.