Description
Quarante-cinq ans après leur dernier album studio, les New York Dolls ressuscitent avec une furie juvénile et une désinvolture qui semblent défier le temps. One Day It Will Please Us to Remember Even This n’est pas une simple nostalgie, mais une réinvention punk de leur ADN, où l’énergie brute des débuts croise l’expérience d’une vie de débauche musicale. Produit par Todd Rundgren (un choix audacieux qui rappelle les sessions de Talking Heads: 77), l’album respire une chaleur analogique, avec des guitares saturées qui crissent comme du verre pilé et une batterie qui frappe comme un marteau-piqueur. Le son est à la fois vintage et moderne, comme si les Dolls avaient enregistré dans un sous-sol new-yorkais en 1973, tout en bénéficiant des techniques de production du XXIe siècle. C’est un disque qui sent la sueur, le cuir et la bière renversée — un hommage à l’esprit DIY qui a fait leur légende.
Le groupe, mené par un David Johansen toujours aussi théâtral et un Sylvain Sylvain dont les riffs restent aussi tranchants qu’une lame de rasoir, prouve qu’ils n’ont rien perdu de leur capacité à choquer et à séduire. Punishing World ouvre l’album comme une gifle, avec son riff obsédant et son refrain hurlé, tandis que Dance Like A Monkey offre une débauche de groove déjanté, entre funk et punk. Mais c’est Gimme Luv & Turn On The Light qui vole la vedette, un titre où Johansen joue les crooners déglingués sur un fond de guitare wah-wah, avant de basculer dans un chaos sonore qui rappelle Raw Power des Stooges. Les paroles, souvent absurdes ou provocatrices (« I ain’t got nothin’ but my good looks »), ajoutent une touche d’humour noir typique du groupe, entre autodérision et mépris des conventions.
Le point faible ? Quelques titres (Rainbow Store, Seventeen) peinent à se démarquer, noyés dans une production parfois trop lisse pour leur goût. Pourtant, même les morceaux les moins marquants gardent une énergie contagieuse, comme si les Dolls refusaient de se prendre au sérieux. Leur approche reste celle d’un groupe de bar, ivre de musique et de chaos, plutôt que d’un projet calculé pour les charts. C’est là que réside leur génie : ils ne cherchent pas à plaire, mais à provoquer, à faire danser, à choquer. Et dans un paysage musical où le punk est souvent dilué en postures ou en revivalistes, leur retour est une bouffée d’oxygène.
En définitive, One Day It Will Please Us to Remember Even This est un disque qui mérite d’être célébré — non pas comme une relique, mais comme une preuve que le punk, quand il est porté par des artistes aussi talentueux et imprévisibles que les New York Dolls, reste éternellement jeune. À écouter à fond, de préférence à 3h du matin, avec un verre de whisky à la main et l’envie de tout casser.