Description
Avec The Undone Is Done Again, Tanya Donnelly et Chris Brokaw nous offrent une méditation envoûtante sur le temps, la mémoire et la circularité de l’existence, où le folk se pare de mysticisme et de mélancolie sans jamais sombrer dans le cliché. Ce disque, pressé sur un vinyle jaune éclatant comme un présage, est une œuvre de maturité qui puise dans les racines du country, du gospel et des chants traditionnels européens pour tisser une tapisserie sonore à la fois intime et universelle. Donnelly, dont la voix cristalline et fragile a marqué des groupes comme Belly ou The Breeders, y déploie une interprétation d’une précision chirurgicale, tandis que Brokaw, ancien membre de Come et Codeine, apporte une rythmique percussive et une sensibilité noise qui ancrent le projet dans une modernité subtile. L’album respire l’érudition sans jamais être pompeux : chaque note semble à sa place, chaque silence est chargé de sens.
Le premier morceau, Novus Annus Adiit, pose le ton avec une ouverture envoûtante, où un orgue discret et des cordes discrètes enveloppent la voix de Donnelly dans une aura presque liturgique. Le titre évoque le passage des saisons, et l’on sent ici l’influence des chants grégoriens ou des ballades médiévales, réinterprétés avec une économie de moyens qui force l’admiration. Sainte Nicholaes, quant à elle, est un joyau de folk baroque, où le duo joue avec les harmonies vocales comme avec des fils d’or, créant une tension délicieuse entre dévotion et profanité. Brokaw, à la guitare et aux percussions, y ajoute une texture rythmique qui rappelle les expérimentations de ses anciens groupes, sans jamais alourdir l’ensemble.
La face B s’ouvre sur In Hoc Anni Circulo, un morceau qui incarne à lui seul l’esprit de l’album : une boucle hypnotique, presque minimaliste, où les voix s’entrelacent comme des branches entrelacées, tandis que des percussions sourdes évoquent le battement d’un cœur lointain. Le titre, qui signifie « Dans ce cercle de l’année » en latin, résume à merveille la thématique centrale de l’œuvre : la répétition des cycles, la persistance des souvenirs, et cette idée que tout est à la fois détruit et recréé. Enfin, Plaudat Letitia clôt le disque sur une note de résilience, avec une mélodie qui oscille entre la danse et la prière, portée par des chœurs envoûtants et une guitare acoustique qui scintille comme une étoile filante.
The Undone Is Done Again est bien plus qu’un simple album de folk : c’est une expérience sensorielle et spirituelle, où chaque écoute révèle de nouvelles couches. La production, sobre et chaleureuse, met en valeur les instruments acoustiques sans jamais les étouffer sous des couches de réverbération superflues. On y sent l’influence de figures comme Nick Drake ou Sandy Denny, mais aussi celle de compositeurs contemporains comme Sufjan Stevens ou Joanna Newsom, sans jamais tomber dans l’imitation. Donnelly et Brokaw ont créé ici une œuvre intemporelle, où le passé et le présent se répondent avec une élégance rare. À placer aux côtés des grands disques de folk expérimental, aux côtés de Lie Down in the Light de Joni Mitchell ou de The Milk-Eyed Mender de Joanna Newsom.