Artiste: The Moles

Instinct

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LP color

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UGS : bs-537106 Catégories : , , , Marque :

Date de disponibilité (sous réserve) : 19 avril 2026

Description

Avec Instinct, les Moles signent un album qui sent bon le vinyle chaud et les nuits d’été étouffantes, un disque où l’indie rock britannique se pare de velours psychédélique sans jamais basculer dans le pastiche. On y trouve une alchimie rare entre mélancolie vintage et énergie juvénile, comme si The Kinks avaient croisé The Zombies dans un pub londonien des années 60 avant d’y ajouter une pincée de modernité paresseuse. La production, signée par le groupe lui-même avec l’aide de Dan Carey (Sparks, Kylie Minogue), est un modèle de subtilité : les guitares, tantôt saturées, tantôt cristallines, s’entrelacent avec des claviers vaporeux et une rythmique qui oscille entre la nonchalance et l’urgence, comme un train de nuit qui accélère avant de s’endormir dans un champ de coquelicots.

Le titre Minor Royal March pose d’emblée le ton : une marche funèbre jouée à l’envers, avec des cuivres fantomatiques et une batterie qui pulse comme un cœur fatigué. Mais c’est Eros Lunch (1963) qui vole la vedette, un morceau où la voix de Rachel Zeffira — déjà si distinctive sur The Moles (2023) — se pare d’une douceur envoûtante, portée par un orgue Hammond qui rappelle les meilleurs moments de The Kinks Are the Village Green Preservation Society. Already In Black et Instinct confirment cette maîtrise du contraste : l’un est une ballade sombre et envoûtante, l’autre un rock énergique où les riffs de guitare crissent comme des pneus sur du gravier. On y devine l’influence de Nick Drake, mais aussi celle, plus inattendue, de Broadcast ou même de Broadcast’s Broadcast, ces groupes qui ont su marier folk et électronique sans jamais tomber dans le cliché.

Côté B, Cassie Peek et Raymond, Did You See The Red Queen? explorent des territoires plus expérimentaux. Le premier est une valse pop aux accents de music-hall, où un xylophone discret et des chœurs aigus donnent une touche de folie douce. Le second, avec son titre énigmatique et sa structure narrative, rappelle les meilleurs moments de The Soft Bulletin de Flaming Lips, mais avec une économie de moyens qui le rend encore plus percutant. Treble Metal et The Crasher ferment l’album en apothéose : le premier est un morceau de rock pur, où les guitares hurlent comme des sirènes de pompiers dans un rêve fiévreux, tandis que le second, avec son rythme saccadé et ses paroles cryptiques, évoque un film noir des années 50 projeté dans une salle de province.

Instinct n’est pas un album révolutionnaire, mais c’est un disque qui respire l’intelligence et la passion. Les Moles y prouvent qu’on peut être à la fois nostalgique et résolument moderne, qu’on peut aimer les Beatles sans haïr les Pixies. La version vinyle verte, avec son artwork psychédélique signé par le graphiste britannique Andy Votel, est un objet de collection qui mérite d’être écouté à la lueur d’une bougie, de préférence en été, quand les nuits sont longues et les souvenirs flous. Un album qui, comme une bonne bouteille de vin, gagne à être dégusté lentement.